Par Jean-Yves CAULLET, député de l’Yonne

 

Il y a un chemin…

 

Notre cher pays, si prompt aux vifs débats, si gourmand des joutes verbales, si impatient des confrontations électorales se désole aussitôt de l’incapacité des champions qu’il encourage au tournoi à se rassembler pour assumer la responsabilité de l’avenir.

Nous n’avons pas fait le deuil raisonnable des hommes providentiels ou des femmes providentielles, mais nous affirmons vouloir que nos représentants nous ressemblent.

Nous feignons de découvrir à chaque occasion que le vainqueur d’un combat acharné n’est pas forcément le pacifiste le plus convaincu, que démolir n’est pas construire, que rêver n’est pas agir, et qu’il faut plusieurs talents pour bâtir la maison commune.

On peut comprendre alors que pour attirer notre attention ou parfois se donner l’illusion de le faire, nombreux et nombreuses sont celles et ceux qui veulent avant tout créer les conditions leur permettant de briller dans cette phase éphémère du combat dans l’arène médiatique.

Inexorablement, il faut se différencier, se démarquer, car le risque est trop grand de disparaître par l’obligation de modestie dans l’action collective.

A force, et avec grande facilité, les compagnons d’hier se prétendent irréconciliables pour mieux capter l’attention.

Aucune famille de pensée n’est épargnée par cette dérive entropique.

Pourtant, sauf à s’abandonner aux délices des calculs tactiques prétextes aux rêves solitaires du « coup d’après », sauf à jouer délibérément la victoire de ses adversaires autant que la défaite de ses concurrents les plus proches, il faudra bien savoir conduire des rassemblements pour offrir les conditions d’un choix démocratique qui ne s’apparente pas à une partie de colin-maillard.

La gauche serait-elle à ce point incorrigible qu’elle ne puisse constater d’expérience que sa dispersion cause son échec et que ses divergences demeurent incompréhensibles devant les dégâts bien réels des politiques de droite dont elles ont fait le lit.

L’histoire est là pour nous convaincre et les projets qui se dessinent de la droite et de l’extrême-droite nous obligent à ne pas risquer sa répétition.

Il y a un chemin pour celles et ceux qui pensent que face aux aléas de la vie et à l’asservissement de l’ignorance, les grandes solidarités sociales et l’école sont indispensables à l’émancipation des individus.

Il y a un chemin pour celles et ceux qui pensent que l’émancipation, la réussite et la responsabilité individuelles ne sont pas les ennemies de ces solidarités mais les conditions de leur pérennité.

Il y a un chemin pour celles et ceux qui pensent que les règles communes, les solidarités collectives ne doivent pas faire de nous les clients d’un système mais permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même pour réussir et développer son sens des responsabilités.

Il y a un chemin pour celles et ceux qui pensent que la mondialisation nous oblige à l’universalité de la défense de nos valeurs pour les partager et les faire progresser patiemment en profitant de l’écoute des autres pour évoluer ensemble.

Il y a un chemin pour celles et ceux qui savent qu’il n’y a jamais eu d’âge d’or, que l’avenir ne peut être confisqué, qu’il n’est pas écrit mais à construire.

Il y a un chemin enfin pour celles et ceux qui, comme le colibri apportant sa goutte d’eau face à l’incendie, sont conscients de leur responsabilité personnelle dans cette construction, et refusent l’aliénation qui consiste à croire que le bonheur pourrait leur être apporté par ceux qui ont l’outrecuidance de leur promettre dans l’instant.

Ce chemin est difficile, mais il existe.

Qui acceptera le risque d’y faire un seul pas fera plus que tous ceux qui veulent nous le cacher.

Cette évocation est de pure fiction, toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence…

 

 

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